Le Citoyen
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Nous sommes le 9 juin 2005. Nous venons d'arriver à Bruxelles après un cour séjour à Genève où nous avons eu un contact magnifique avec les Alpes et le Mont Blanc. Notre auberge se situe en plein coeur du quartier Musulman de Bruxelles, sur la rue de l'Éléphant. Visiblement, nous sommes intimidés par la quantité de monde issue d'une autre religion. L'auberge est magnifique. Calme, pleine de gens sympathique.

Notre chambre est au rez de chaussée et composée de 7 lits. Moi et mes deux comparses arrivons à notre chambre et à notre grande surprise, nous serons 7 canadiens à partager les lieux. 7 canadiens sur la rue de l'Éléphant, à Bruxelles: 3 québécois et 4 canadiens-anglais. 4 gars de Toronto qui ne voyageaient pas ensemble. Une pure coincidence! Heureusement, ils étaient sympathiques. Il était écrit dans le ciel de Bruxelles que le party allait lever.

Alors on passe nos soirées à explorer les boîtes de nuit, à découvrir le night life de Bruxelles et à manger des pitas gyrro. Je retournerais à Bruxelles pour me payer un seul pita gyrro... avec une gauffre au nutella en guise de déssert.

Bref, lors d'une soirée où j'ignore comment nous étions revenus à l'auberge, un des anglais, Adam, et moi avons jasé une bonne partie de la nuit. Je crois que nous débations sur pourquoi le Canada faisait piètre figure sur la scène du rugby mondial... Ça été mon sujet de prédilection au cour de ce voyage, et croyez-moi, le Canada a un potentiel énorme en Rugby, suffirait de s'y mettre. C'est ce que de vieux Allemand, des ex-joueurs à la retraite, m'ont confirmé dans une taverne de Bâles...

La discussion entre Adam et moi allait bon train jusqu'au temps où il fallait que je me fasse expliquer quelque chose par un canadien-anglais: Qu'est-ce qui cloche avec nous, les Québécois? What?

Je me suis alors rendu compte qu'il n'y a pas deux solitudes au Canada mais bien une seule: la nôtre. Malgré son ivresse, Adam m'a ouvert les yeux. Combien de gens sur la rue de l'Éléphant saurait qu'est-ce que le Québec?

Pourquoi nous militons autant auprès du Canada anglais? Pourquoi nous attendons tant de la France quand elle nous visite? Ne serait-il pas plus avantageux de militer envers le monde entier? Nous sommes des créateurs au Québec, mais sommes-nous capables de communiquer effectivement notre message? Pas entre nous, pas face au Rest of Canada, mais face à la planète?

Il ne suffit pas de placer le Québec sur la carte du monde. Notre indépendance passe par la compréhension du monde de notre situation sociale, économique et géopolitique.

Je me suis alors dit que pour être conséquent dans mes croyances, je me devais de laisser les anglais tranquille avec ça. Je me devais de devenir un Citoyen du Québec et d'agir en conséquence.

Pendant le reste de mon voyage, quand on me demandait d'où je me venais, je les regardais dans les yeux et je leur disais: "Vous savez, je viens de cette province dans le nord de l'Amérique du Nord. Une vaste province où chaque jour, 7 millions de gens se battent maladroitement pour leur culture et leur langue. Chaque jour, nous vainquons 300 millions d'Américains et 20 millions de Canadiens qui ne cherchent qu'à conquérir chaque pouces de notre identité. Je suis l'un de ces 7 millions de gens qui ne sont jamais d'accord sur rien et qui ne s'accorderont probablement jamais. Mais vous savez quoi, ces 7 millions de gens sont ma Tribu et j'ai très hâte d'y retourner. Pas nécessairement pour y parler ma langue, mais pour y apprécier son horizon." Et l'étranger me demandait alors: "Comment s'appelle ce pays?"

Faut-il une crise pour accéder à l'indépendance du Québec? Ou faudrait-il simplement que nous commencions à devenir nous-même de véritables Citoyens?

Cash
cash@musikunion.net



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1 Réponse à "Le Citoyen"

Marion on 15 juin 2009 à 02:29

En sol français depuis presque deux mois maintenant, je réalise à quel point on ne connaît pas beaucoup la situation du Québec... Ah! Vous êtes Canadienne! Bien.. théoriquement, oui. Pratiquement? Je sais pas...

À Paris, en entendant mon accent, on me répond en anglais. Splendide! Je parle Français! Et probablement mieux anglais que toi...

D'autres adorent notre accent, qu'ils tentent d'imiter en se ridiculisant, littéralement.

Ah vous parlez bien Français! Euh merci, c'est ma langue maternelle.


Ils ont tout vu: Montréal, Québec, Les Baleines, La Cabane à Sucre. Ah et l'Été indien.

Ils connaissent bien le Québec, ils y sont allés 15 jours ya de ça 8 ans. Ils écoutent Céline et Lynda. Ahh et Garou.

Ils connaissent la Ville Souterraine de Montréal en hiver (ah parce que chez vous, l'hiver de toute façon, vous vivez sous terre). Bin oui, c'est ça.

Vous venez de Québec ou de Montréal? Euh, pardon, notre territoire couvre trois fois la France, des gens, il y en a bien au-delà de deux villes...

Chez vous, il y a quoi, 50% d'anglophones? Je veux aller à Montréal pour apprendre l'anglais.

Nous avons trouvé trop sympa: Sur les stops, c'est écrit Arrêt. Et bien mon cher Monsieur, c'est ça le mot.

C'est normal que vous parliez mieux anglais, vous êtes à côté! Ah bon, et le train Paris-Londres en 2 heures, ça vous dit quelque chose?

Je retournerai au Québec quand il sera Français!! Le Québec ne sera pas français. Francophone, oui. Mais Français, non.

Certains, par contre, comprennent mieux ce que l'on est. Ils y ont séjourné plus longtemps, ont de la famille là-bas, y retournent régulièrement.

Vous avez compris, vous, au Québec. Tout est en Français! Chez vous, pas de shopping, de pressing, de weekend, de shows en live.

Nous on envoie des courriels. Pas des mails. Mais allez dire ça à l'Académie Française...! Inventer des mots !?! Non! Francisons le mot en anglais, c'est plus simple.

Chez nous, c'est un ou l'autre, la plupart du temps. C'est Français ou Anglais. Pas une joyeux mélange des deux, baragouiné avec un accent français vraiment lourd.

Ici, les publicités me font rager; Internet Everywhere! Today, Tomorrow, Toyota!
Tous les fonds musicaux, les jingles, sont en anglais. Aidez-moi. Je perds mes repères... c'est bien ici, la mère patrie?

Oui j'ai l'intention d'aller voir mes ancêtres. Mais je ne vois pas mon séjour ici comme un retour aux sources. Je ne reviens pas à mes racines, elles ont poussé ailleurs, de l'autre côté, dans ce pays de neige.

Si la France ne nous comprend pas toujours bien, c'est qu'il doit avoir une barrière à franchir plus haute que celle de la langue. Là est le défi, je crois... Abolir les barrières sans briser les identités; ouvrir les frontières sans imposer d'idées, sans tout conformer.

Le défi est de taille, mais l'objectif est encore plus important.

Cordialement,

Mary